15 mars 2007
L'intègre parle aux intégristes_
Pas le genre à en faire des
tonnes. Pourtant, Robert Fisk, 61 ans, a vu plus que son quota de guerres, de
morts, de souffrances et de larmes. Comment pourrait-il en être autrement après
plus de trente ans au Proche-Orient ? De l'Iran à l'Irak, en passant par
la guerre du Liban de 1975 à 1991 ou encore l'Afghanistan, Fisk,
« Fisky » comme le surnomment ses amis, est allé partout. De ses
plongées dans le bain bouillonnant des conflits, il a ramené des milliers de
reportages, pour le Times, puis pour l'Independent, quotidiens britanniques de
référence, ainsi que deux pavés d'un millier de pages, La Grande Guerre pour la
civilisation, et, tout juste traduit en français, Le Liban, nation martyre. Il
s'est aussi forgé une réputation sans faille. Celle d'un type absolument
intègre. Super-gonflé, super-doué. Du genre à envoyer trois reportages par jour
au Times au plus fort de la guerre libanaise. Les journalistes du monde arabe,
qui le considèrent quasiment comme le seul reporter occidental
« intègre », l'adulent. Il faut dire qu'il n'a jamais hésité à
critiquer pêle-mêle le soutien américain aux régimes corrompus du monde arabe
et l'indécente mainmise politique et financière de Yasser Arafat sur l'Autorité
palestinienne. Cela lui a valu quelques accusations infondées
d'antiaméricanisme et autant de volées de bois vert de la part du chef de
l'Autorité palestinienne. Et trois convocations-interviews d'Oussama ben Laden
avant les attentats du 11 Septembre 2001. Quand il rencontrait les
journalistes, c'est le chef d'Al-Qaida qui le sollicitait. Pas l'inverse. Au
cours de ces entretiens fleuves, le leader terroriste exposait sa vision
unilatérale du monde. « Il y avait en lui quelque chose d'inquiétant, car
il possédait cette qualité qui distingue les hommes prêts à se battre »,
détaille Fisk. Robert Fisk, c'est un peu une star de la presse écrite comme il
n'en existe plus. Témoin autant qu'acteur des conflits qu'il couvre. Cet été,
pendant la guerre entre Israël et le Hezbollah, il a consigné quotidiennement
ses impressions, sorte de journal, très peu sobrement intitulé Le Liban, nation
martyre Post-scriptum à une tragédie. Il termine avec la certitude de devoir un
jour « écrire un autre paragraphe, un autre chapitre qui tremperont à
nouveau ces pages dans le sang ». Comme si l'air de la guerre devait le
rattraper, inlassablement. Armelle Le Goff
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